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Croix de guerrre
Vague pacifiste d'après-guerre
Mais la guerre terminée, la Nation, c'est-à-dire l’Etat, a-t-elle été vraiment à la hauteur de toute la reconnaissance due à son peuple ? Bien sûr des médailles ont récompensé les valeureux combattants, de petites pensions ont été octroyées aux veuves, le culte du souvenir a pu se développer et même s’amplifier jusqu’à en devenir un commerce florissant. Les nécropoles, mémoriaux, monuments aux morts ont proliféré sur la moindre place publique des plus petites municipalités. Les amicales d’anciens combattants se sont multipliées. Mais l’exigence principale des poilus de 14 à la fin de la guerre était simple : plus jamais ça. Ce devait être « la Der des Ders ». Un certain nombre des monuments érigés après la guerre témoignent encore de cette volonté populaire. Dès mars 1919, un événement passant presque inaperçu allait refroidir l’immense vague pacifiste née lors de la Grande Guerre: le procès de l’assassin de Jaurès. Aux deux questions : Vilain est-il coupable d’homicide volontaire sur Jaurès ? Cet homicide a-t-il été commis avec préméditation ? Un jury populaire se prononce par la négative. Villain est acquitté. Le président ordonne sa mise en liberté et l’honore d’être un bon patriote. La cour prend un arrêt accordant un franc de dommages et intérêt et condamne la partie civile aux dépens du procès envers l’Etat. La veuve Jaurès est donc condamnée à payer les frais de justice. Villain peut alors tranquillement aller saluer son père, Louis Villain, greffier en chef au tribunal de Reims, ville dont il est originaire… Il mourra bien que bien plus tard en 1936 à Ibiza, fusillé par les anarchistes espagnols… En définitive, la réponse à cette exigence de paix des poilus de 14 fut le déclenchement de la seconde guerre mondiale.
Dommages de guerre
Toujours selon Françoise Dardenne, la période militaire la plus pénible de Ferdinand fut celle qu’il dut effectuer à l’armée du Rhin, notamment pendant l’occupation de la Ruhr, lors de la grève général de l’hiver 1923. L’Allemagne exsangue ne pouvait pas s’acquitter des 132 milliards de marks or exigés en réparation des dommages de guerre. Les armées belges et françaises sont alors chargées de « besogne de basse police ». En bon poilu, Ferdinand respectait le «boche ». De par sa longue période de captivité, il parlait couramment allemand ; s’il admirait avant tout la technologie allemande, il respectait beaucoup le courage du peuple allemand dont il avait pu constater la misère grandissante et détestait l’état de famine dans lequel on le maintenait. Ferdinand se plaignait de ne pas pouvoir voter. Fervent républicain, il s’intéressait à la politique et ne comprenait pas que les représentants de l’armée républicaine française n’aient pas le droit de vote. La "Grande Muette" le restera jusqu’au 17 août 1945. A partir de cette époque, et pour se « dédommager » en bon normand calculateur, il influencera toujours le vote de sa femme qui se fichait bien de politique, votant double à chaque consultation citoyenne. Mais bien avant 39, c’est avec tristesse qu’il assistera, impuissant, à la montée des nationalismes et surtout du nazisme, à la remilitarisation de l’Allemagne, puis de la France et au début du deuxième conflit qu’il avait malheureusement prédit depuis longtemps …
Européen et pacifiste
Je compris bien plus tard pourquoi mon grand-père n’affichait pas particulièrement ses médailles. Il en était pourtant secrètement fier, en mémoire de tous ses camarades, de tous ses hommes qu’il avait perdus sur le front. Mais c’est cette même mémoire de fidélité envers ses camarades qui le tenait à sa promesse de paix. La Der des Ders ! N’y a-t-il pas quelque chose d’obscène à afficher son mérite guerrier lorsqu’on ne souhaite que la paix ? Ferdinand n’aspirait qu’à la patiente quiétude du pêcheur ou encore celle du paisible jardinier qu’il avait toujours été, comme fils de ce père horticulteur qu’il n’avait plus jamais revu depuis le début du premier conflit mondial - On ne dit jamais assez l’horreur des paysans français devenus soldats par la force des choses, devant le désastre de la guerre sur les forêts et sur les champs, sur le massacre des bêtes pourrissantes sur les routes .
Qui sait le prix de la paix ? Pour la guerre de 14-18, le compte (approximatif) est simple :
1 697 800 morts, 4 266 000 blessés pour la seule France.
2 462897 morts, 4 247 143 blessés pour l’Empire allemand