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Croix de guerrre
CROIX DE GUERRE
Récit d'Archibald H.
Citation à l'ordre de la brigade
…. « Chef de section, a entraîné ses hommes à l’assaut et les a maintenus avec la plus grande bravoure, malgré le feu des mitrailleurs et le tir violent de l’artillerie » … C’est cette appréciation qui a valu au lieutenant Ferdinand Dardenne du 169ème RI surnommés « Les Loups » par l’Etat-major allemand, d’être cité par Ordre n°7 de la 25ème Brigade. Cette citation été récompensée par l’obtention de la Croix de Guerre. J’ai retrouvé cette décoration dans la boîte à médailles que ma mère, historienne de profession, conservait scrupuleusement avec toutes le archives familiales. On y trouve pêle-mêle, Légion d’Honneur, Palmes Académiques, Ordre National du Mérite et même une médaille du ministère de la Prévoyance Sociale obtenue sans doute par mon arrière-grand-père pharmacien. Mais c’est la Croix de Guerre que je préfère. Celle de mon grand-père porte la mention 1914-1918 car il l’a reçue après sa captivité ; elle est ornée d’une étoile de bronze (clou) qui certifie sa citation à l’ordre de la brigade. Pendant un temps, j’ai pensé qu’il l’avait reçue parce qu’il avait été blessé. Mais j’ai retrouvé l’ordre d’inscription suivant : « … la blessure par balle à la main gauche reçue le 14 juillet 1915 au Bois de la Gruerie (Argonne) par le chef de Bataillon Dardenne, Ferdinand, commandant le bureau de recrutement d’Alençon, alors qu’il était lieutenant au 169ème régiment d’Infanterie a été homologuée comme blessure de guerre… » Ce document est daté du 8 décembre 1938, c'est-à-dire 20 ans après l’armistice !... Il avait entre-temps, en 1927, déjà été décoré de la croix de la Légion d’Honneur, de la Médaille Interalliée de la Victoire et de celle Commémorative de la Grande Guerre.
Une carrière désenchantée
Dans notre milieu très catholique, mes parents avaient coutume d’utiliser l’expression porter sa croix en référence à la Passion du Christ qui dut porter la croix sur laquelle il fut crucifié. "Il faut savoir porter sa croix" nous sermonnait-on, " tout le monde doit porter sa croix… ".Ces injonctions étaient destinées à nous faire supporter nos souffrances, nos épreuves physiques ou mentales, et ainsi de pas nous rebeller pour pouvoir mieux les accepter. Dans mon esprit d’enfant, la croix de guerre représentait les souffrances endurées au combat. Grand-père, un peu mécréant sur les bords, avait largement eu sa part de tourments. La croix de Guerre en faisait un héros. Mais, je ne comprenais pas pourquoi il ne l’arborait pas davantage. Ce n’est bien plus tard que j’ai entrevu le fait que son métier de militaire ne l’avait pas tout à fait comblé. Peut-être justement à cause du carriérisme particulier en vigueur dans l’armée française. Blessé, puis fait prisonnier, officier de l’armée d’occupation en Allemagne par la suite, ses promotions n’avait jamais été à la hauteur de tout son dévouement. Sa fille, Françoise Dardenne affirmait toujours qu’il ne faisait pas bon avoir été prisonnier pour faire une belle carrière dans l’armée française. Plus tard, Ferdinand ferait aussi partie du train des officiers mis à la retraite d’office par Pétain, en juin 1940, après les exigences d’Adolf Hitler de réduire les effectifs de l’armée française à 100 0000 hommes. « Au moment même où j’allais avoir ma cinquième ficelle (grade de colonel) ! » pestait-il souvent...
Une médaille populaire
D’après le Musée de la Légion d’Honneur *, le nombre de Croix de guerre attribuées est estimé aux alentours de 1 200 000 pour l’ensemble des alliés (représentant plus de deux millions de citations, dont 60 000 à l’ordre de l’armée, compte non tenu des citations à titre posthume et des croix de guerre accompagnant la Légion d’honneur et la Médaille militaire). Cette décoration immensément populaire a toujours gardé son prestige. Elle est le symbole même du courage et du sacrifice des soldats de la Grande Guerre. La Croix de Guerre est somme toute assez commune et le corps des décorés est bien souvent issu des classes populaires, ouvriers et paysans. Ce sont eux qui ont payé le prix fort de la victoire.